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    January 18

    A la recherche d'un inconnu qui m'est si proche

    Je suis née de père inconnu, il y a 34 ans. Mes géniteurs ont en effet eu la délicatesse de se séparer à l'annonce de ma future venue sur terre... les raisons exactes de ce clash, je ne les connais pas vraiment..
    Toujours est-il que j'ai grandi avec un vide énorme. De l'affection j'en ai eu, une éducation bien stricte et rigide aussi... mais dès que j'ai été en âge de me poser des questions évidentes, du style : "pourquoi tous les enfants ont un papa et pas moi", on m'a répondu par le silence et la négation. Le sujet de mon père biologique était tabou. Pour ma mère, qui reconstruisait une vie de couple, c'était me semble t'il un épisode assez peu abouti de son existence qu'il fallait effacer au plus vite. Pour le reste de ma famille, c'était le sujet tabou, interdiction de répondre aux questions de la petite, ma mère avait laissé des consignes.
    Alors j'ai fait comme si... comme si je n'avais pas besoin de lui, comme si c'était la vie et que je devais me résigner à ne jamais savoir d'où je venais.
    Histoire de mettre un terme définitif à ce problème de père inconnu, qui lui posait peut être aussi un problème de moralité vis à vis du regard des autres, ma mère a fait en sorte que son mari m'adopte légalement auprès de l'état civil. Dès qu'il a fait partie de notre quotidien, il a bien entendu été évident que je devais l'appeler Papa. Moi je ne comprenais pas trop, mais de toutes façons, un papa, je ne savais pas ce que c'était alors, peu importe....
    Sauf que le papa de substitution, il ne faisait que vivre avec ma mère. Pour le reste, il n'avait de papa que le nom.. pas de calins, pas d'histoire le soir, pas de conseils, pas d'autorité non plus... j'étais perdue.
    Alors les questions sont revenues... où est-il le vrai papa, celui qui m'a transmis ses genes et à qui je ressemble peut-être ?
    Plusieurs fois, des cartes postales d'Espagne sont arrivées à la maison, elles ont aterri à la poubelle avant même que je puisse savoir de quelle ville elle provenait. Une fois même, alors que je devais avoir une quinzaine d'années, j'ai reçu un appel téléphonique d'un monsieur qui savait très bien qui j'étais... je n'ai pas eu le temps de poser une seule question que le téléphone a été coupé par ma mère.
    J'en étais réduite à l'idée que je ne pourrais rien obtenir de ma mère à ce sujet, je commençais à me resigner et à penser que je ne saurais jamais où sont mes origines expagnoles.
    La seule personne qui voulait bien me parler de lui, c'était mon oncle, même s'il n'avait que 11 ans quand je suis née il avait quelques souvenirs. Depuis que Mo est mort, il y a 6 mois, le vide est de nouveau omniprésent. La place du père, du grand frère, du confident, c'etait lui qui l'occupait le mieux et avec sa disparition, la solitude s'est de nouveau installée. Ajoutée à l'idée que la vie est courte et qu'un père, on en a qu'un...
    Il fallait que je sache.
    Alors j'ai pris mon courage à deux mains, le soir du reveillon de la Saint Sylvestre. J'ai profité de la griserie de l'alcool qui peut amener au ton de la confidence, j'ai profité de la déprime qui me suite gentiment depuis la mort de Mo et qui fait peur à ma mère. Et je lui ai dit que je voulais retrouver mon père.
    A mon étonnement, elle a accepté immédiatement de me donner le peu d'infos qu'elle avait, elle était même surprise que je ne lui demande qu'au bout de tant d'années.... enfin bref, passons les détails, je me suis expliquée et lui ai dis ce que j'avais sur le coeur depuis longtemps. Au delà du fait que j'entrevoie aujourd'hui la possibilité de rencontrer mon père biologique, je suis aussi très soulagée d'avoir pu evoquer cet épisode de ma vie avec ma mère.
    Aujourd'hui, je me retrouve donc avec un prenom, un nom et une ville de Galice en Espagne. J'ai commencé mes investigations, j'envoie un courrier en français et en espagnol à toutes les personnes que j'ai pu trouver sur les pages blanches espagnoles, qui vivent dans cette ville et portent ce nom. J'essaie d'y expliquer ma démarche, de m'excuser pour tout ce temps gâché. J'y crois. On verra
    J'espere qu'il n'est pas trop tard...