(Mettre le lecteur de musique sur "pause" avant de regarder les videos)
d'Antoine Casubolo et Jean Depussé[Biographie]
Mon coup de gueule .... parce qu'en lisant ce livre, je suis passée par une multitude d'émotions : de la peine, de la colère, voire de la haine, un très grand sentiment d'injustice et de honte pour la société dans laquelle nous vivons !
Que faisiez-vous le 19 juin 1986, le jour où vous avez appris la mort de Coluche ? Faites ce test aujourd'hui, vous verrez que les gens, s'ils se souviennent tous de leur activité du moment, n'ont qu'un souvenir diffus des circonstances de l'accident.
Mais tous finissent par vous parler de Coluche à moto roulant comme un dingue sur une petite route de l'arrière-pays cannois.
De la sortie d'un virage, du camion, qui manoeuvrait et donc lui barrait la route comme un mur d'acier.
Coluche, à fond, à la sortie d'un virage, n'avait rien pu faire. Il allait trop vite...
Au lendemain du drame, personne n'a pris la peine de consulter les témoins. Les journaux se sont contentés de reprendre les infos diffusées par l'AFP.
Or, il se trouve que Coluche roulait à soixante kilomètres à l'heure dans une ligne droite.
Le camion arrivait en sens inverse pratiquement au pas et au dernier moment, il a viré à gauche. A partir de là, bien des questions se posent sur la thèse de l'accident.
19 juin 1986, vers 17 h. Coluche meurt sur sa moto, après avoir percuté un camion, sur une route départementale entre Cannes et Grasse. L'humoriste adoré des Français, encore plus populaire depuis qu'il avait créé les Restaurants du coeur.
Vingt ans plus tard, un livre jette un doute sur les causes de sa mort. Coluche, l'accident* conteste la thèse de l'accident. Son auteur, Antoine Casubolo, a repris le travail d'un confrère, Jean Depussé, mort en avril 2006, qui avait enquêté pendant des années sur l'affaire.
Sans apporter de réponse précise, l'ouvrage met en relief des éléments troublants. Les témoignages de Ludovic Paris et Didier Lavergne, les deux amis de Coluche roulant derrière lui le jour de la collision, s'opposent à la version officielle.
Non, Coluche ne roulait pas vite, le choc n'a pas eu lieu dans un tournant, et le camion n'était pas engagé en travers de la route.
Coluche le gêneur, celui qui pouvait tout dire et ridiculiser les politiques en étant un présidentiable sérieux en 1981, a-t-il été éliminé ?
Et par qui ?
L'ouvrage laisse planer l'idée, accusant sans vraiment les nommer les services spéciaux, et s'appuyant sur les thèses d'une ancienne barbouze et d'un ex-flic. Anonymes, forcément.
Voici quelques extraits du livre :
Coluche, l'accident (éd. Privé) pose plusieurs questions sur la thèse de l'accident, en donnant la parole aux motards amis de l'humoriste qui roulaient avec lui – Didier Lavergne et Ludovic Paris – et en dévoilant les projets qu'il avait avant de mourir. Extraits.
Les minutes avant l'accident selon Lavergne
« On a fait la route tranquillement. On se parlait tout en roulant. (...) Michel [Coluche] n'avait pas de casque, Ludo non plus. A cette époque, sur la Côte, les flics nous faisaient pas trop chier avec ça. De toute façon, on n'allait pas vite. Michel était en bermuda, nous en débardeur. Dans cette tenue, si on va vite, les insectes font un mal fou sur la peau, tous les motards le savent. (...) Juste avant la courbe, Coluche m'a doublé. On s'est mis en ligne, comme d'habitude dans un virage. A la sortie, le final, c'était Michel, moi, Ludo. »
L'accident selon Lavergne
« On est à la sortie d'un virage, il y a une courbe derrière nous, une autre devant nous, une ligne droite entre les deux et un camion, énorme, qui arrive lentement. Pas de clignotant, pas de voiture derrière lui. (...) Coluche est juste devant moi, il n'y a pas trois mètres entre nous. Je vois qu'il va croiser le camion. Je vais le croiser aussi. Et puis, lorsque le camion est arrivé à la hauteur de Coluche, tout d'un coup, le chauffeur a braqué la cabine sous son nez. Il a fermé la route. Comme une porte claquée sur sa figure et qu'il n'a pas eu le temps d'éviter. (...) Et [Coluche] tape de la tête sur l'angle, c'est aussi simple que ça. C'est une seconde. A un mètre ou deux, il aurait freiné. Mais jamais tu peux imaginer que le camion va faire ça. C'est ça la surprise, elle ne vient que de ça. De la manoeuvre du camion. »
Coluche, Zorro des pauvres
« Reste le pourquoi ? Et le qui ? Pour qu'il y ait attentat, encore faudrait-il qu'il y ait mobile. Qui pouvait bien en cet été 1986 avoir quelque raison de s'en prendre à Coluche ? (...) Coluche, il était un peu Zorro, la revanche des anonymes, du peuple face aux puissants. (...) En juin 1986, après le lancement des Restaurants du coeur, où étaient passés ceux qui n'aimaient pas Coluche ? (...) En quelques semaines, par sa seule volonté, entouré de ses potes et d'une poignée de bénévoles, Coluche arrache quarante millions de dons, dix mille tonnes de marchandises qu'il redistribue dans plus de deux cents villes de France en huit millions et demi de repas. Le tout en trois mois. »
Le spectacle qu'il préparait
« C'est dans ce contexte, en juin 1986, que Coluche préparait le Zénith, le grand spectacle par lequel il devait faire son retour sur scène. Tous ceux qui ont rencontré Coluche à cette époque sont unanimes. Au Zénith, il voulait en découdre. Il s'apprêtait, selon ses propres termes, à « hurler sa pourriture au monde ». « Jusque-là, on a bien rigolé, mais ils n'ont encore rien vu : cette fois, ils ne vont plus rire du tout. » (...) Au Zénith, le vrai héros de son spectacle devait être un chômeur. Un sur deux millions et demi de modèles à l'époque (...) Et le chômage – ou plutôt l'emploi – était au centre d'une prochaine campagne qu'il comptait lancer dès qu'il aurait assuré la pérennité des Restaurants du coeur. »
Coluche candidat en 1988 ?
[En 1986], « deux ans seulement nous séparent de l'élection présidentielle. Cette grande remise à plat du jeu politique français dans lequel sept ans plus tôt Coluche avait pataugé avec ses gros godillots. Il faut se souvenir de la panique qu'avait générée cette intrusion dans la campagne de 1981 (...) Coluche avait fait trembler l'institution, plus encore, ridiculisé, chamboulé les cartes, obligé les candidats, les vrais, à négocier avec lui. »
Interview de Didier Lavergne, ami de Coluche et témoin de sa mort.
Depuis combien de temps connaissiez-vous Coluche au moment de sa mort, en 1986 ?
Je travaillais avec lui depuis une dizaine d'années, comme maquilleur personnel sur ses films et ses spectacles. On était devenu amis et au moment de sa mort, on était ensemble 24 h sur 24.
Vingt ans après sa mort, quelle est votre opinion ?
J'ai toujours eu un doute. Mais comme beaucoup, j'ai accepté l'idée que c'était un accident bête. J'ai commencé à changer d'avis quand j'ai rencontré Jean Depussé il y a deux ans environ. Il avait mené une enquête et il m'a apporté des éléments qui m'ont bousculé. Aujourd'hui, je doute très très fortement d'un accident.
Pour vous, Coluche a été tué ?
Je ne dis pas ça parce que je n'en ai pas la preuve. Je n'accuse personne, je me pose juste des questions parce qu'il y a plein de choses qui ne collent pas.
C'est-à-dire ?
La première qui m'a toujours étonné, c'est l'attitude du chauffeur du camion juste après le choc avec Coluche. Il avait un détachement incroyable pendant les minutes où on a attendu les secours, lui, Ludovic Paris et moi. Il ne s'est pas approché de Coluche une seule fois, il ne nous a pas parlé, il est resté à distance à faire les cent pas devant son camion sans même couper le moteur. Comme s'il ne se sentait pas concerné.
Vous récusez aussi la version qui dit que vous rouliez vite...
C'est faux. Les expertises sur la moto l'ont montré : la vitesse était enclenchée en troisième et au moment du choc, le compte-tours s'est bloqué à 3 500 tours/minute. Donc Coluche roulait entre 60 et 80 km/h. Il n'y a pas eu non plus de traces de freinage. Je le dis depuis vingt ans, on roulait calme, en ligne droite, on a vu le camion, il n'était pas en travers de la route, il était de son côté et, au moment où Michel est arrivé à sa hauteur, il a brusquement tourné à gauche. Une manoeuvre insensée. Mais les journalistes et les juges n'ont pas fait leur travail, ils se sont contentés de la version des gendarmes sans vérifier.
Coluche se sentait-il menacé ?
En 1981, quand il s'était présenté à la présidentielle, il avait reçu une balle par courrier avec un mot « La prochaine est pour toi ». On n'a jamais su d'où ça venait. Mais en 1986, il était heureux, il sortait d'une dure période après son divorce, il préparait un spectacle qui devait s'appeler « Y'en aura pour tout le monde ».
Pouvait-il se représenter à la présidentielle de 1988 ?
Je ne crois pas. Il ne m'en parlait pas en tout cas. Il était plus utile en contestant. La preuve avec les Restos du coeur : les gens ne pouvaient plus bouffer, et lui les a nourris. Aucun politique n'a jamais fait ça ! Il voulait s'occuper aussi du chômage.
En avez-vous parlé avec sa famille ?
Après sa mort, j'ai peu revu sa famille et notre bande de potes a implosé, sous l'effet du choc. Je ne sais pas ce que les siens pensent.
Pourquoi parler vingt ans après ?
J'ai parlé dès le début, mais personne n'a voulu m'entendre. Aujourd'hui, mon seul intérêt, c'est qu'on sache vraiment ce qui s'est passé. Si quelqu'un peut définitivement lever ce doute que beaucoup partagent, ça changerait beaucoup de choses.
Même mort, Coluche n'a pas pris une ride
Vingt ans après, c'est l'histoire d'un mec qui reste le comique préféré des Français. Les DVD de ses sketchs se vendent mieux que ceux de Dubosc ou de Bigard. A la télévision, les hommages et rediffusions cartonnent. Même les plus jeunes, nés après sa mort en 1986, téléchargent ses sketchs. S'il ne date pas d'hier, le phénomène Coluche étonne par sa longévité. « Pourquoi est-ce qu'il se démoderait ? demande Jean-Michel Vaguelsy, ami de Coluche. Les problèmes de société dont il parlait, le chômage, le racisme... n'ont pas été résolus. » Alors que la majorité des humoristes prend soin de ne pas s'exprimer sur des sujets politiques, un retour sur images de la carrière de Coluche détonne. « Il s'est servi de son talent d'artiste pour s'engager et agir », poursuit Jean-Michel Vaguelsy.
Dans leur ouvrage, Coluche, tu nous manques, enfoiré !, Arnaud Briand et Jean-Sébastien Fernandès ont interrogé des proches : Renaud, Jean-Jacques Goldman, Josiane Balasko... « Les amis fidèles de Coluche ont encore du mal à en parler, explique Arnaud Briand. Pour les autres, plus que de l'émotion, il y a des souvenirs, des anecdotes qui resurgissent. Mais ils sont passés à autre chose. »
Pour finir, quelques citations de Coluche :
Les citations de Coluche
«Plus on est de fous, moins il y a de riz.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Les vacances
«La bigamie, c'est quand on a deux femmes ; et la monotonie, c'est quand on n'en a qu'une !»
[ Coluche ] - L'horreur est humaine
«Le communisme, c’est une des seules maladies graves qu’on a pas expérimentées d’abord sur les animaux.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch P.C. G.T. Russie / Pologne - 1986
«La vie est finie quand tu ne surprends plus personne.»
[ Coluche ] - Cité par Bernard Pascuito dans Le livre du souvenir
«L'instabilité est nécessaire pour progresser. Si on reste sur place, on recule.»
[ Coluche ] - L’horreur est humaine
«Il y a deux sortes de justice : vous avez l’avocat qui connaît bien la loi, et l’avocat qui connaît bien le juge !»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Le chômeur
«Combien il y a de gens qui travaillent à la Sécurité sociale ? Un sur quatre.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch L’administration
«Les cardinaux, on leur met des petits ronds rouges sur la tête, c’est pour pas les paumer dans les squares !»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Les papes : Jean-Paul II et Jean retiens I
«Y’a un truc qu’on est sûr quand on est ministre, c’est qu’on retournera pas à l’école, tandis qu’en prison, faut voir !»
[ Coluche ] - Extrait du sketch La politique
«La politique c’est comme le flirt : si on veut aller plus loin, faut aller plus près.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Votez nul ! - 1980
«Mon psychiatre, pour quinze mille francs, il m'a débarrassé de ce que j'avais : quinze mille francs.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Médecins sans diplômes - 1986
«Je ne suis pas allé partout, mais je suis revenu de tout.»
[ Coluche ] - Extrait du journal France-Soir - 2 Octobre 1974
«De tous ceux qui n'ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Les discours en disent long
«Des idées, tout le monde en a. Souvent les mêmes. Ce qu'il faut, c'est savoir s'en servir.»
[ Coluche ] - L’horreur est humaine
«Le champignon le plus vénéneux, c’est celui qu’on trouve dans les voitures.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Médecins sans diplômes - 1986
«Vous avez des étrangers qui viennent en France comme balayeur, et après ils restent comme Noir !»
[ Coluche ] - L’horreur est humaine
«Pour faire un mauvais musicien, il faut au moins cinq ans d'études. Tandis que pour faire un mauvais comédien, il faut à peine dix minutes.»
[ Coluche ] - L’horreur est humaine
«Quand on s’endort avec le cul qui gratte, on se réveille avec les doigts qui puent.»
[ Coluche ] - Extrait de l’émission TV Coluche 1 faux
«Le plus dur pour les hommes politiques, c’est d’avoir la mémoire qu’il faut pour se souvenir de ce qu’il ne faut pas dire.»
[ Coluche ] - Extrait de l’émission TV Coluche 1 faux
«L’avenir appartient à ceux qui ont le veto !»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Le chômeur
«L'esprit d'équipe... C'est des mecs qui sont une équipe, ils ont un esprit ! Alors, ils partagent !»
[ Coluche ] - Extrait du sketch J’ai pas dit ça sur les sportifs - 1977
«Il n'y a pas de femmes frigides. Il n'y a que de mauvaises langues.»
[ Coluche ] - L’horreur est humaine
«Si un mec voit passer la chance et qu’il ne l’attrape pas, c’est vraiment un imbécile.»
[ Coluche ] - Cité par Bernard Pascuito dans Le livre du souvenir
«Le cancer, au prix que ça coûte, on n'est même pas sûr de mourir guéri.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Le cancer du bras droit - 1976
«Dans la vie, y’a pas de grands, y’a pas de petits. La bonne longueur pour les jambes, c'est quand les pieds touchent par terre.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch L’étudiant - 1980
«"Bite" c'est un gros mot, même si c'est une petite.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Si j’ai bien tout lu Freud - 1980
«La droite a gagné les élections. La gauche a gagné les élections. Quand est-ce que ce sera la France qui gagnera les élections ?»
[ Coluche ] - L’horreur est humaine
«Se pencher sur son passé, c'est risquer de tomber dans l'oubli.»
[ Coluche ] - L’horreur est humaine
«Désormais pour apprendre le français, il faudra savoir le français.»
[ Coluche ] - Revue de presse - 1980
«Dieu a dit : “Je partage en deux, les riches auront de la nourriture, les pauvres de l’appétit.”»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Revue de presse - 1980
«La police, c'est un refuge pour les alcooliques qu'on n'a pas voulu à la SNCF et aux PTT.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Le flic
«Un alcoolique, c'est quelqu'un que vous n'aimez pas et qui boit autant que vous.»
[ Coluche ] - L’horreur est humaine
«La drogue a fait cent morts en France l’année dernière, l'alcool cinquante mille ! Choisis ton camp, camarade !»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Revue de presse - 1980
«Certains ont l’air honnête, mais quand ils te serrent la main, tu as intérêt à recompter tes doigts.»
[ Coluche ] - Extrait de l’émission TV Coluche 1 faux
«Je suis capable du meilleur et du pire. Mais, dans le pire, c’est moi le meilleur.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch P.C. G.T. Russie / Pologne - 1986
«Dans les manifs, rien ne sert de partir à point, il faut courir.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch L’étudiant - 1980
«L’humour a toujours été contre le pouvoir, quel que soit le régime.»
[ Coluche ] - Extrait du magazine Télé 7 Jours - 20 Novembre 1971
«Y a des gens qui ont des enfants parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’offrir un chien.»
[ Coluche ] - Et vous trouvez ça drôle ?
«Il y a quand même moins d’étrangers que de racistes en France.»
[ Coluche ] - Extrait du sketch C’est l’histoire d’un mec... sur le pont de l’Alma
«Il faut cueillir les cerises avec la queue. J'avais déjà du mal avec la main !»
[ Coluche ] - Extrait du sketch Le belge
